Le bruit de l’eau jaillissant d’un robinet parasite celui d’une vidéo-projection où des bourrasques de vent disséminent des feuilles de papier... La discordance entre l’ambiance sonore agressive et les oeuvres d’Hervé Bréhier fondées sur une grande économie de moyens est saisissante. L’artiste «privilégie les contraires et les ambiguïtés»1. Dans la vidéo du Balayage, un homme nettoie méthodiquement un endroit envahi de poussière. Puis il la stocke dans des cartons d’archives, présentés dans l’espace d'exposition sous le moniteur. Une action est répétée de manière aussi systématique au cours du plan-séquence intitulé Ramette de papier au plateau des Millevaches. Des feuilles de papier, disposées au milieu d’un champ et filmées en plan rapproché, se dispersent de manière hasardeuse au gré du vent. La ramette se «déstratifie» peu à peu et le regard s’attache alors aux détails et aux micro-événements se déroulant au cours de cette heure et demie. Une narration imperceptible s’instaure à travers cette action hypnotique et contemplative. Les deux vidéos, par un acte réitéré jusqu’à épuisement, abordent la question de la mémoire et de la disparition. Ainsi, les matériaux de récupération avec lesquels l’artiste crée ses sculptures sont transformés mais restent porteurs de leur vécu antérieur. Un évier encastré dans un volume composé de laine de verre et de bois peint occupe le centre de la galerie. Bien que l’objet soit monolithique, une dimension anthropomorphique demeure perceptible. Les oeuvres d'Hervé Bréhier mettent en lumière une présence humaine subtile. Par une sobriété apparente mais trompeuses, elles «décontenancent le visiteur par la simplicité»2



Karen Tanguy

1- entretien entre Hervé Bréhier et Karen Tanguy, septembre 2006, réalisé à l’occasion de l'exposition
Je suis là.
2- Idem.